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Bullshit pseudo profond en entreprise : l’art de paraître profond sans rien dire

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Par Sophie Obled, atwork

Bullshit pseudo profond en entreprise : l’art de paraître profond sans rien dire

On le croise partout : dans les réunions stratégiques, les séminaires sur le “sens au travail” et les posts LinkedIn qui sentent la lumière intérieure.
Le bullshit pseudo profond en entreprise, c’est cet art de parler beaucoup, de dire très peu, et de ne jamais pouvoir être contredit. Ce langage du flou s’habille de belles intentions : “faire émerger le vivant”, “réenchanter le lien”, “recréer une co-présence alignée”.
On le lit, on fronce les sourcils, et on ressort avec la désagréable impression d’avoir perdu trois précieuses minutes de vie.

Quand le flou devient une compétence

Dans certaines entreprises, la confusion est devenue un talent managérial.
Dire des choses vagues, c’est donner une impression de profondeur.
Et plus personne n’ose demander : « Concrètement, on fait quoi ? ». Ce type de discours flatte notre besoin de sens, tout en évacuant le réel : pas d’objectifs, pas de preuves, pas d’évaluation.
Mais beaucoup de slides pastel avec des mots comme “co-construction”, “émergence” ou “intelligence sensible”.

Le test du charabia : Pennycook et le bullshit pseudo profond

En 2015, le chercheur Gordon Pennycook publie une étude célèbre : On the reception and detection of pseudo-profound bullshit.

Il crée un générateur de phrases pleines de mots spirituels aléatoires, du style :« La conscience quantique transcende la beauté intérieure de l’univers. »

Résultat : une majorité de participants trouve ça “profond”. Plus la pensée analytique est faible, plus on tombe dans le panneau. En résumé : plus c’est flou, plus ça passe. Notre cerveau adore ça : il confond complexité verbale et profondeur intellectuelle.
Et ça fonctionne aussi très bien dans les comités de direction.

Moukheiber et l’illusion de savoir

Le neurologue Albert Moukheiber, dans Votre cerveau vous joue des tours, explique ce phénomène : notre cerveau déteste ne pas comprendre. Alors il invente du sens pour combler le vide. C’est ce qu’on appelle l’illusion de savoir :

“Je ne comprends pas, donc c’est sûrement très intelligent.”

Résultat : on applaudit des concepts qu’on n’a pas saisis, on valide des formations absurdes et on félicite Bernard, chef de projet transformation et changement for good pour sa “vision systémique de la reliance”.

Pourquoi le bullshit séduit autant en entreprise

Le discours pseudo-profond a des vertus sociales :

  • il permet de briller sans s’exposer,
  • de paraître inspirant sans rien prouver,
  • et surtout, de ne jamais être contredit, puisqu’il ne veut rien dire.

C’est un art du brouillard qui rassure. Le flou devient une qualité, le concret un problème.
Et tout le monde hoche la tête en silence, de peur de passer pour “pas assez ouvert”.

Comment le reconnaître

Trois tests simples :

  1. Si vous ne pouvez pas l’expliquer à un adolescent, c’est suspect.
  2. Si vous ne pouvez pas en donner un exemple, c’est du vent.
  3. Si personne ne peut vous contredire, c’est qu’il n’y a rien à contredire.

Un discours utile se comprend, se teste, se mesure.
Le reste relève du théâtre d’entreprise — sans la mise en scène.

Conclusion : penser, c’est parfois dire “je ne comprends pas”

Refuser le bullshit pseudo profond en entreprise, ce n’est pas être fermé ou cynique.
C’est simplement choisir la lucidité, le concret et le courage intellectuel.
Et rappeler qu’un discours sans impact réel reste ce qu’il est :

Une belle manière de brasser du vent avec élégance.